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Éco-pâturage, gagnant-gagnant et 100 % local !

“Les tondeuses du futur”, “une débroussailleuse performante”, “le mouton tondeuse”… Moutons, brebis, chèvres peuvent se prévaloir de nombreuses qualités, notamment un important gain de temps pour les agents communaux, avec souvent beaucoup moins d’hectares à tondre ou à faucher qu’auparavant.

Alors que les pratiques de gestion écologique se développent
pour répondre aux enjeux environnementaux et budgétaires,
l’éco-pâturage présente de nombreux avantages en renouant, notamment, avec les pratiques agricoles ancestrales de nos campagnes. Le partenariat entre une commune et un éleveur s’avère alors être gagnant-gagnant et 100 % local !

Qui n’a jamais entendu parler de l’éco-pâturage, cette pratique qui consiste à faire “tondre” ses espaces enherbés et de prairies par un troupeau de moutons, de chèvres ou encore de chevaux ? Dans le cadre de l’animation ’Villes et Villages Fleuris’, le Département de la Dordogne, par le biais de son Pôle Paysage & Espaces Verts (PPEV), a organisé en juin dernier, une formation technique à ce sujet rassemblant une vingtaine d’agents communaux. Comme le précise Carole Dartencet du PPEV, “l’idée est d’encourager les villes et villages à s’engager dans cette démarche durable, qui répond aux nombreuses préoccupations actuelles des gestionnaires. Gain de temps, économies de moyens, diminution de la pénibilité d’entretien sur les espaces en pente ou difficiles d’accès, respect de la biodiversité…”. Retour d’expérience avec la commune de Saint-Aulaye-Puymangou, qui met à disposition certains de ses espaces communaux pour que les brebis de Thérèse Kohler, bergère sans terre dans la Double, puissent pâturer, assurant ainsi une source alimentaire diversifiée aux brebis et des espaces tondus à moindre frais pour la commune.

Le Conseil départemental de Dordogne, qui promeut l’éco-pâturage notamment via sa journée technique organisée par le Pôle Paysage & Espaces Verts en juin dernier, l’applique d’ailleurs sur plusieurs sites départementaux. Un panneautage/affichage permet de communiquer sur cette pratique alternative et de sensibiliser les habitants.

Avantages pour une collectivité

L’entretien des espaces verts par éco-pâturage, notamment pour les espaces à dominante naturelle ou à l’aspect plus libre, (talus enherbés, prairies naturelles et/ou fleuries, clairières, bords de rivières, lisières forestières, zones de transition entre le village et la campagne, bords de sentiers et chemins, zones humides…), est une pratique de plus en plus répandue dans nos villes et nos villages. L’éco-pâturage peut prendre différentes formes selon les partenaires impliqués et leurs parts respectives de responsabilité. Ainsi, une commune peut notamment choisir entre ces deux formules :
• faire l’acquisition d’un troupeau : ovins (moutons et brebis, types solognot, d’Ouessant, landais, Lande de Bretagne…) et caprins (chèvres) sont les plus sollicités car bien adaptés aux conditions de vie de l’éco-pâturage. Suivent les bovins (vaches nantaises, Highland Cattle, flamandes…) et les équins, plus rarement plébiscités, car nécessitant de grands espaces. L’acquisition d’un troupeau demande nombre de connaissances bien particulières et, à moins que vous disposiez d’un agent communal ou d’un conseiller municipal berger, agriculteur ou vétérinaire, il est plus adéquat d’opter pour la seconde formule ;
• contractualiser la gestion du troupeau avec un partenaire local qui peut être un agriculteur, un berger, une association environnementale, un club hippique…
Cette dernière formule, pour laquelle la municipalité de Saint-Aulaye-Puymangou en Dordogne a opté, en lien avec une bergère sans terre, Thérèse Kolher, s’avère plus judicieuse pour les collectivités car les agents n’ont alors qu’à s’occuper de l’installation des clôtures et la maintenance générale du site (branche cassée, arbre à arracher…). Ainsi, comme en témoigne Yannick Lagrenaudie, maire de la commune qui compte 1 440 habitants, “les avantages sont multiples. Notre village, labellisé deux fleurs, Petite Cité de Caractère, Bastide du Périgord et Station Verte, est une bastide édifiée au 13e siècle. Au pied des remparts, le terrain est en forte pente et les agents passaient du temps à tondre, dans des conditions difficiles. Désormais, ce sont donc des brebis qui tondent 5 ha autrefois débroussaillés 3 fois/an (mobilisation de 2 agents sur 3 semaines dans l’année), tout comme les abords de notre chemin de découverte de la bastide récemment réalisé, ponctué par une halle et un four à pain. Un vrai gain de temps donc ! Mais aussi pour la biodiversité : depuis 2016, nous limitons ainsi l’utilisation d’engins thermiques sources de nuisances (bruit, odeurs, bris de vitres, déchets de tontes, pollution…), cette méthode alternative de gestion étant beaucoup moins agressive que la tonte mécanique pour les végétaux mais aussi pour les petits animaux, notamment les pollinisateurs. Enfin, la présence des brebis permet aussi d’animer la commune et de créer du lien social : l’arrivée du troupeau est toujours un évènement pour les habitants et nous avons récemment organisé un concours de tonte de moutons qui a eu un beau succès !”.

Dans un échange donnant-donnant éleveur/collectivité, la commune s’occupe de la mise en place des clôtures et de fournir un accès à l’eau. Il est également bien de prévoir un endroit ombragé pour le bien-être du troupeau durant les journées ensoleillées.

Avantage pour les agriculteurs

L’éco-pâturage est intéressant dans les deux sens, en profitant également aux agriculteurs. “C’est un concept plus qu’intéressant pour les agriculteurs qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter des terres ou qui souhaitent se lancer dans l’élevage. C’est la garantie d’avoir de la nourriture saine et naturelle pour les animaux et une rentrée d’argent assurée par l’entretien de terres communales. C’est également une nouvelle forme d’élevage raisonné différent de l’élevage traditionnel souvent intensif. Ainsi, Thérèse Kolher, qui met à disposition du printemps à l’automne un groupe d’une vingtaine de brebis suivant les besoins et la qualité des pâturages, n’utilise aucun complément alimentaire. L’alimentation de ses brebis est variée et équilibrée dans la mesure où les animaux sont régulièrement déplacés. Ils entretiennent plaines, sentiers, sous-bois ; la végétation y est naturelle et diversifiée (châtaigniers, chênes, graminées,…)” ajoute Carole Dartencet.

A Saint-Aulaye-Puymangou, le troupeau de brebis de Thérèse Kohler, bergère sans terre, permet de gérer 5 ha de terrains parfois accidentés au pied des remparts et le long du chemin de découverte de la bastide, ce qui est une économie de temps précieuse pour les agents.

Une convention partenariat éleveur/collectivité

Pour formaliser le partenariat éleveur/collectivité, une convention/contractualisation doit stipuler les engagements de chacun. Ainsi, à Saint Aulaye-Puymangou, la convention précise que la bergère s’engage à :
• assurer le suivi sanitaire des animaux par un vétérinaire ;
• mettre uniquement des animaux identifiés selon les règles en vigueur ;
• changer de parcelles les animaux lorsque les pâturages ne sont plus suffisants ;
• récupérer les animaux en hiver et dès lors que les pâturages ne fournissent plus assez de nourriture ;
• assurer une assistance technique au besoin.
De son côté, la commune s’engage à installer les clôtures (fixes ou temporaires) et à fournir l’approvisionnement nécessaire en eau pour les animaux. Ainsi, Saint Aulaye-Puymangou a dépensé 1 100 m pour 400 m de clôture mobile et un poste électrique solaire pour l’entretien de 5 ha de terres communales.
“Une méthode de gestion très intéressante à développer donc” confie Carole Dartencet, qui conclut en précisant “qu’à la suite de cette journée technique, plusieurs communes envisagent de mettre en place l’éco-pâturage sur certains de leurs sites communaux. Quand on sait que, par exemple, à Lanouaille, commune périgourdine d’un peu plus de 1 000 habitants, 160 ha sont gérés de cette façon, permettant alors aux agents de débroussailler cette surface en moins par an, on ne peut que considérer cette méthode alternative de gestion comme une véritable assistante technique à prix très réduit pour la commune, qui peut alors dédier plus de temps à d’autres missions”.

Choisir le bon éleveur/berger

L’éco-pâturage est soumis à différentes réglementations liées à la détention d’animaux domestiques, notamment à travers le code rural (prise en compte du bien-être animal art. L214 et art. 1385 du code civil). L’éleveur doit se trouver en conformité avec les aspects administratifs et sanitaires liés à la détention d’un cheptel. Il devra notamment être déclaré auprès de l’EdE (Établissement de l’Élevage) de son département, disposer d’un numéro de cheptel, assurer la traçabilité des animaux, disposer d’un vétérinaire référent et être à jour des prophylaxies obligatoires.

Article du numéro d’Octobre 2019, abonnez-vous