Archives de catégorie : Climats & plantes

Grimpantes : rafraîchir
et embellir nos rues !

© Christophe Gaye

Actuellement, les plantes grimpantes ont la cote. Et elles ont de quoi… En effet, leurs avantages sont nombreux, tout cela en étant faciles d’installation et d’entretien. Grimpant naturellement sur une paroi verticale ou aidées par des structures “guide” (pergola métallique, treillis bois, câble inox…), elles sont parfaites pour embellir un lieu où l’espace aérien et souterrain vient à manquer mais aussi pour masquer subtilement un élément urbain disgracieux (container poubelles, poteau électrique hors-service, armoire technique, abribus…). De plus, dans un contexte climatique où les étés sont de plus en plus chauds et où les milieux bâtis deviennent des fournaises, elles participent, à leur échelle, à rafraîchir l’atmosphère. Elles peuvent également offrir des petits fruits qui feront le régal des habitants et des oiseaux, ainsi que des fleurs pour les pollinisateurs !

Ainsi, de nombreuses collectivités en installent dans les rues commerçantes, le long des routes circulées et/ou piétonnes étroites du centre du village ou encore en pied de façades des maisons, parfois dans le cadre d’opérations de fleurissement participatif, telle qu’un “permis de végétaliser”.
Pour une végétalisation réussie à base de plantes grimpantes, voici un éventail de choix selon l’espace disponible, avec des feuillages et floraisons variés, proposés par plusieurs pépiniéristes spécialistes des grimpantes.

© Javoy Plantes

Grandes grimpantes
Certaines espèces de grimpantes présentent un grand développement permettant de végétaliser de vastes parois verticales. Elles sont à réserver aux trottoirs d’une largeur suffisante, afin de ne pas gêner la circulation des usagers.
En voici quelques-unes :

• Campsis, les bignones (jusqu’à 10 m de haut) : pour les endroits ensoleillés, rustiques jusqu’à – 10° C quand elles sont abritées du vent. “Ces grimpantes vigoureuses, qui ne nécessitent aucun traitement, offrent une floraison estivale exceptionnelle de juillet à septembre particulièrement appréciée des butineurs. Une fois bien installée, elles sont résistantes à la sécheresse (bien arroser la 1ère année, puis par la suite si forte chaleur)” explique Michel Dutour des pépinières Dutour (Saint-Alban-du-Rhône,38). Et Marie-Laure Rauline, de Javoy Plantes (Saint-Cyr-en-Val, 45), d’ajouter : “Bignonia capreolata est l’une des rares grimpantes persistantes (H : 6 m), à la floraison colorée, rustique jusqu’à – 15° C et à l’abondante floraison parfumée” ;

• hortensias grimpants (3 à 8 m) : ce sont “Les” plantes grimpantes pour l’ombre ! A l’image de “Hydrangea ‘Winter Surprise’, semi-persistant et très couvrant, intéressant avec ses feuilles qui s’enroulent sur elles-mêmes à l’automne et prennent une belle coloration rouge foncé. La variété ‘Seemanii’, est l’une des seules véritables persistantes” précise Arnaud Travers, gérant des Pépinières Travers (Saint-Cyr-en-Val, 45)

© Javoy Plantes

• Parthenocissus, les vignes vierges (H : jusqu’à 10 m) : parmi ces espèces caduques, on trouve “P. quinquefolia, robuste et puissante (H : 8 à 10 m), qui prend une belle teinte jaune doré toute la saison” poursuit Arnaud Travers. “Des variétés moins poussantes existent comme P. tricuspidata ‘Lowii’ (H : 3 m), aux couleurs flamboyantes en automne” ajoute Marie-Laure Roline. Enfin, “la variété ‘Robusta’, avec son feuillage rouge vif à l’automne, est parfaite pour végétaliser un mur. Il convient de la tailler en début d’année car elle est très volubile” continue Michel Dutour ;

Wisteria, les glycines
(H : 6 à 10 m) : ces plantes vigoureuses et volubiles, caduques et à la floraison odorante, sont idéales pour couvrir les tonnelles. Attention cependant à leurs puissantes lianes qui déforment gouttières et rambardes. Espèces et cultivars pour les plus petits espaces
Certaines espèces ou cultivars créés par les obtenteurs présentent une taille variable pouvant s’adapter aux grands comme aux petits espaces.  A l’image des :

• Clematis, les clématites : originaires de toutes les latitudes. Par leur diversité, elles peuvent être installées dans toutes les régions. Parmi les cultivars intéressants, les pépinières Javoy Plantes “viennent de lancer ‘Sugar SweetTM’ (H : 2,5 m), qui est la première clématite à grandes fleurs parfumées (odeur de miel)”. Les pépinières Travers ont innové avec ‘Nancy, Jour de la Terre®’, un cultivar court (H : 1 à 1,5 m) résistant jusqu’à – 30° C. Disponible en livraison à partir de mai 2020, 1 € par vente sera versé au fonds du Jour de la Terre pour la revégétalisation et la création de murs végétaux verticaux dans les zones urbaines ;

© Pépinières Travers

• Hedera, les lierres : la rusticité par excellence ! “Vigoureux, ils permettent une végétalisation des murs à la fois rapide et esthétique, avec des variétés aux feuilles lumineuses, petites ou grandes. De plus, leurs fleurs sont très mellifères” souligne Michel Dutour. “Avec certaines variétés atteignant facilement 10 à 15 m de haut, il existe aussi des variétés plus petites comme ‘Glacier’ (H : 3 à 5 m, feuilles marbrées de gris vert et d’argent) ou ‘Shamrock’ (élégantes petites feuilles vertes décoratives)” précise Arnaud Travers. Sans oublier le lierre ‘Goldchild’ (H : 2 à 3 m), à la végétation dense et occultante, préconisé par Javoy plantes qui a, par ailleurs, développé un moteur de recherche intelligent sur son site pour trouver les grimpantes adaptées aux contraintes et usages des professionnels du végétal ;
• Lonicera, les chèvrefeuilles grimpants (H : 2 à 10 m) : semi-persistants à persistants, très poussants, florifères et odorants. “A la fin de l’hiver, on peut les tailler à 20 cm du sol, ils repartiront de plus belle au printemps suivant. Plusieurs variétés sont intéressantes, parmi lesquelles Lonicera Caprilia® Ever ‘Inov42’ ; L. ‘Copper Beauty’ (feuillage vert et bronze pourpre sur les jeunes pousses) ; L. Caprilia® Imperial ‘Inov86’ (grande couronne de fleurs blanches et rouges très parfumées) ; L. japonica ‘Hall’s Prolific’ (marcescent, nombreuses petites fleurs blanc crème très parfumées, se taille très bien au taille-haie)” précise Arnaud Travers. “Sans oublier L. similis var.delavayi, l’un des seuls chèvrefeuilles à la fois persistant et parfumé” note Marie-Laure Rauline ;
• Trachelospermum, jasmins : feuillages persistants, résistants jusqu’à – 10 ° C, qui se ‘tricotent’ bien. “Le jasmin étoilé, Trachelospermum jasminoides, offre des petites étoiles très parfumées. Le feuillage vert brillant très élégant de la nouvelle variété ‘Winter Ruby® Trared’ (H : 2 à 3 m) devient rouge profond. A noter que les feuillages persistants font office de dispositif anti-tags assez efficace !” termine Arnaud Travers. Et Marie-Laure Rauline d’ajouter : “le T. ‘Variegatum’ offre un feuillage panaché vert et blanc et des fleurs très parfumée”.

© Pépinières Travers

Voici donc de quoi diversifier vos plantations, pour embellir et rafraîchir les rues de votre village, bourg ou ville ! Entre feuillages persistants, qui masquent un élément disgracieux ou protègent un mur d’éventuelles incivilités, et feuillages caducs, qui offrent à la fois ombrage l’été aux terrasses de café ou aux bancs et lumière l’hiver, lancez-vous !

Secheresse : des plantes resilientes

© Hortival Diffusion. Autre modernisation de genre, les abélias, avec des formes compactes idéales pour les ‘avants’ de massifs et bordures, en se prêtant facilement à la taille, comme Tricolor Charm® ‘Mincautri’ cov.

Cela fait plusieurs années que nous connaissons des étés particulièrement chauds et secs sur l’ensemble du pays, mettant à rude épreuve le patrimoine végétal de nos communes. Heureusement, de nombreuses plantes, dont certains grands classiques, sont résistantes à ces aléas climatiques, par leur résilience après une longue période de sécheresse.

Chacun d’entre nous semble avoir pris la mesure du dérèglement climatique à l’œuvre avec, l’année dernière, de nombreux témoignages de villes et de villages qui ont dû arracher leurs massifs saisonniers en raison des arrêtés préfectoraux de sécheresse. Effectivement, les chiffres sont parlants : au début du mois d’octobre, encore 182 arrêtés préfectoraux de sécheresse étaient en vigueur sur 82 départements. La tendance climatique qui se dessine s’oriente ainsi vers un régime de pluies de type saison sèche/saison humide avec, globalement entre mai et octobre, une pluviométrie très faible. Ainsi, il est nécessaire d’anticiper ces aléas climatiques, qui vont vraisemblablement “devenir la norme”, en choisissant des espèces endurantes, capables de résister à de longues périodes sans pluie. D’autant plus que, avec la remontée progressive des aires de répartition végétale vers le nord, on peut désormais installer des espèces originaires de climats secs ou qui ont développé des stratégies face à la sécheresse, dans des villes comme Reims ou Amiens, à condition, bien entendu, qu’elles supportent le gel. Les pépiniéristes et horticulteurs travaillent également activement à la question, en créant ou sélectionnant des variétés issues, notamment, des régions méridionales, adaptées aux hivers rigoureux de la partie nord et des régions montagneuses de notre territoire.

© Hortival Diffusion. Les agapanthes, peu gourmandes en eau, ont le vent en poupe. Les variétés caduques sont, de plus, rustiques en résistant parfois jusqu’à – 18°C. Parmi elles, l’agapanthe ‘Northern Star’ cov, très vigoureuse (H : 1 m), aux eurs veinées bleu nuit. Des cultivars semi-persistants existent, comme ‘Twister’ aux eurs bicolores bleues et blanches (gélif à – 10°C).

Arbustes : des incontournables revisités

Comme l’explique Sylvain Milliand, expert botanique et photographe pour les Pépinières Minier (49), “face aux étés de plus en plus secs, mais aussi pour limiter la consommation en eau, il est important d’opter pour des espèces résilientes à une période de sécheresse prolongée, c’est-à-dire qui parviennent à s’en remettre sans trop souffrir”.
Par la même occasion, cela offre un gain de ressources, de temps et de moyens dédiés à l’arrosage. Voici donc la sélection de Sylvain Milliand qui propose, certes, des classiques, mais avec de nouvelles variétés à l’esthétisme moderne plus naturel :

© Hortival Diffusion. Les agapanthes, peu gourmandes en eau, ont le vent en poupe. Les variétés caduques sont, de plus, rustiques en résistant parfois jusqu’à – 18°C. Parmi elles, l’agapanthe ‘Northern Star’ cov, très vigoureuse (H : 1 m), aux eurs veinées bleu nuit. Des cultivars semi-persistants existent, comme ‘Twister’ aux eurs bicolores bleues et blanches (gélif à – 10°C).

• pour des massifs feuris d’avril à novembre, l’Anisodontea capensis, petit arbuste de la famille des mauves, est souvent utilisé comme plante à massif qui peut repartir si on la protège l’hiver ou en bac. La variété la plus réputée ‘El Rayo’ résiste à environ – 8°C à – 10°C lorsqu’elle est bien exposée (contre un mur au sud par exemple) ;

•les coronilles : très résistantes au sec, elles sont orifères et dégagent un agréable parfum fruité. Coronilla emerus (désormais appelé Hippocrepis emerus) est caduque, très rustique et idéale en haie et en forme naturelle. La Coronilla valentina subsp. ‘Glauca Selection’, au feuillage vert bleuté persistant, présente un port plus compact arrondi ;

• les Cotinus : ce sont des arbustes plein de potentiel, aux oraisons cotonneuses, robustes et rustiques. Ils sont faciles à cultiver et peuvent être recépés pour être rajeunis au bout de quelques années. La variété ‘Golden Lady’, au feuillage doré lumineux, modernise l’espèce, tout comme ‘Lilla’, une version naine au feuillage pourpre. ‘Flamissimo’ est une excellente amélioration de ‘Flame’ en plus arrondi et compact ;

• les Eleagnus, dont E. x ebbingei (renommé E. x submacrophylla) qu’il faut tailler deux fois par an si on l’installe dans une haie tenue. Des variétés plus compactes, moins exigeantes, existent, telles que ‘Compacta’ ou ‘Maryline®’. Il en existe également des caducs, vigoureux et robustes, plus adaptés aux formes libres, comme E.commutata ‘Zempin’ ou E. ‘Quicksilver’, aux feuillages bleutés ;

• les Euonymus : ce genre présente une belle diversité, avec des feuillages amboyants et des fruits attractifs en automne, à l’instar de ‘Red Cascade’ (feuillage rouge). Les Euonymus fortunei ‘Emerald Gaiety’ ou Blondy®, aux feuillages persistants, sont parfaits en bordures et avants de massifs. Les fusains du Japon sont, eux, tout trouvés pour les haies libres et formes taillées (Green Millenium®) ou sans entretien (‘Bekomoki’). Aussi, les variétés naines oubliées de la série ‘Microphyllus’ réapparaissent comme alternative aux buis dans les bordures ;

•Rosa rugosa : parmi les rosiers botaniques, c’est le plus ornemental et rustique, avec ses grandes eurs remontantes de juin à août. Peu exigeant, adapté au sol maigre, il est très résistant aux maladies et ne nécessite que peu d’entretien. Les variétés Angelia®, qui existent en ‘Eglantine, ‘Pink’, ‘Purple’ et ‘White’, sont compactes et orifères”.

Les pépinières Mainaud, basées en région bressane, proposent également une sélection d’arbustes résistants aux intempéries et coriaces pouvant supporter des températures de + 40°C à – 15°C. Parmi eux : le Forsythia, qui illumine de sa oraison jaune lumineuse la n de l’hiver ; le Deutzia et ses nombreuses variétés à splendides oraisons printanières ; le Syringa, qui supporte des sols pauvres et aride ; les spirées, et notamment Spiraea x vanhouttei qui supporte jusqu’à – 25°C ou S. ‘Shirobana’. S’ajoutent les Philadelphus et Sambucus.

© Hortival Diffusion. Les coronilles sont des plantes très résistantes au sec, orifères et odorantes. Coronilla valentina subsp. glauca ‘Selection’, au feuillage vert bleuté persistant, présente un port compact arrondi se prêtant à la fois aux formes libres ou plus contrôlées.

Vivaces et graminées

Chez les vivaces aussi, il y a les incontournables qui pro tent de nouvelles variétés dans l’air du temps. A l’image des sauges mexicaines : “Salvia grahamii, S. greggii, S. microphylla et S. x jamensis sont très orifères d’avril à novembre, tout en demandant un entretien limité. Les variétés

‘Melen’, ‘Flammenn’, ‘Pluenn’, ainsi que ‘Royal Bumble’ sont parfaites pour les massifs, rocailles, jardins de graviers et prairies sèches euries. Ensuite, les agapanthes, très tendances, offrent une belle présence graphique. Les variétés persistantes sont à réserver aux climats doux et coins abrités. Cependant, le cultivar ‘Pitchoune’, compact, est rustique jusqu’à – 10°C (existe en ‘Blue’ et ‘White’). Les variétés caduques sont, quant à elles, bien plus rustiques (jusqu’à – 15°C, voire – 18°C). A l’instar de ‘Northern Star’, très vigoureuse (H : 1 m), aux eurs veinées bleu nuit. En taille intermédiaire et plus compacte (H : 60 cm), on trouve ‘Brilliant Blue’. D’autres surprennent par leur feuillage panaché de blanc comme Silver Moon® ou par leurs eurs presque noires, à l’image de ‘Black Magic’. Des cultivars semi-persistants sont également disponibles, comme ‘Twister’ ( eurs bleu et blanc)” souligne Sylvain Milliand. Les agapanthes se marient à merveille avec des iris, fétuques et Stipa, recréant des prairies euries résolument modernes, adaptées à la sécheresse. “Les fétuques bleues, à l’image de ‘Elijah Blue’, servent de matrice au massif. Les Stipa, et notamment S. ‘Pony Tail’,

présentent aussi une grande résilience à la sécheresse. Les Miscanthus sont résilients et se se ressèment d’ailleurs beaucoup moins dans ces conditions sèches. Etlàaussi,ilyenapourtousles goûts entre ‘Yakushima Dwarf’ (compact, H : 1 m), ‘Morning Light’ (feuillage panaché), ‘Gracillimus’ et Graziella’ (très graciles), ‘Zebrinus’ et ‘Strictus’ (zébrés) ou encore ‘Etincelle’ (très n)” conseille Sylvain Meilland.

En n, n’oublions pas les conifères qui peuvent servir à structurer un massif, un parc : Chamaecyparis ‘Elwood’s Pillar’, la plupart des Juniperus et des pins, les cèdres de l’Atlantique et du Liban (C. deodara est plus sensible au sec) ou encore Abies pinsapo. Côté grimpantes, pensez au Trachelospermum, incontournable, au lierre, à la passi ore, aux Solanum et aux vignes-vierges. En n, chez les fruitiers, les guiers feront très bien l’affaire, à l’image de ‘Dalmatie’ et ‘Ice Crystal’, compacts et très résistants au froid (jusqu’à – 18°C et plus), ‘Jannot’ ou ‘Violette Normande’. Vous voilà donc parer pour affronter à la fois les sécheresses et les coups de froid !

© Hortival Diffusion. Les Cotinus, robustes et rustiques, pro tent de nouvelles obtentions qui “modernisent ” le genre, à l’image du cultivar Golden Lady® ‘Mincojau3’ cov, au feuillage doré lumineux.

Biodiversité : évolutions et perspectives

Alors que le label des Villes et Villages Fleuris fête ses 60 ans, Gilles Carcassès, qui clôture tout juste sa carrière en tant que chargé mission ‘biodiversité’ à l’agglomération de Cergy-Pontoise, revient sur les changements de “faire” et de “voir” des gestionnaires
d’espaces verts, pour une plus grande prise en compte de la faune et de la flore, par la mise en œuvre de bonnes pratiques.

Retrouvez l’intégralité de l’article
dans le numéro de Novembre-Décembre 2019, abonnez-vous

Éco-pâturage, gagnant-gagnant et 100 % local !

“Les tondeuses du futur”, “une débroussailleuse performante”, “le mouton tondeuse”… Moutons, brebis, chèvres peuvent se prévaloir de nombreuses qualités, notamment un important gain de temps pour les agents communaux, avec souvent beaucoup moins d’hectares à tondre ou à faucher qu’auparavant.

Alors que les pratiques de gestion écologique se développent
pour répondre aux enjeux environnementaux et budgétaires,
l’éco-pâturage présente de nombreux avantages en renouant, notamment, avec les pratiques agricoles ancestrales de nos campagnes. Le partenariat entre une commune et un éleveur s’avère alors être gagnant-gagnant et 100 % local !

Qui n’a jamais entendu parler de l’éco-pâturage, cette pratique qui consiste à faire “tondre” ses espaces enherbés et de prairies par un troupeau de moutons, de chèvres ou encore de chevaux ? Dans le cadre de l’animation ’Villes et Villages Fleuris’, le Département de la Dordogne, par le biais de son Pôle Paysage & Espaces Verts (PPEV), a organisé en juin dernier, une formation technique à ce sujet rassemblant une vingtaine d’agents communaux. Comme le précise Carole Dartencet du PPEV, “l’idée est d’encourager les villes et villages à s’engager dans cette démarche durable, qui répond aux nombreuses préoccupations actuelles des gestionnaires. Gain de temps, économies de moyens, diminution de la pénibilité d’entretien sur les espaces en pente ou difficiles d’accès, respect de la biodiversité…”. Retour d’expérience avec la commune de Saint-Aulaye-Puymangou, qui met à disposition certains de ses espaces communaux pour que les brebis de Thérèse Kohler, bergère sans terre dans la Double, puissent pâturer, assurant ainsi une source alimentaire diversifiée aux brebis et des espaces tondus à moindre frais pour la commune.

Le Conseil départemental de Dordogne, qui promeut l’éco-pâturage notamment via sa journée technique organisée par le Pôle Paysage & Espaces Verts en juin dernier, l’applique d’ailleurs sur plusieurs sites départementaux. Un panneautage/affichage permet de communiquer sur cette pratique alternative et de sensibiliser les habitants.

Avantages pour une collectivité

L’entretien des espaces verts par éco-pâturage, notamment pour les espaces à dominante naturelle ou à l’aspect plus libre, (talus enherbés, prairies naturelles et/ou fleuries, clairières, bords de rivières, lisières forestières, zones de transition entre le village et la campagne, bords de sentiers et chemins, zones humides…), est une pratique de plus en plus répandue dans nos villes et nos villages. L’éco-pâturage peut prendre différentes formes selon les partenaires impliqués et leurs parts respectives de responsabilité. Ainsi, une commune peut notamment choisir entre ces deux formules :
• faire l’acquisition d’un troupeau : ovins (moutons et brebis, types solognot, d’Ouessant, landais, Lande de Bretagne…) et caprins (chèvres) sont les plus sollicités car bien adaptés aux conditions de vie de l’éco-pâturage. Suivent les bovins (vaches nantaises, Highland Cattle, flamandes…) et les équins, plus rarement plébiscités, car nécessitant de grands espaces. L’acquisition d’un troupeau demande nombre de connaissances bien particulières et, à moins que vous disposiez d’un agent communal ou d’un conseiller municipal berger, agriculteur ou vétérinaire, il est plus adéquat d’opter pour la seconde formule ;
• contractualiser la gestion du troupeau avec un partenaire local qui peut être un agriculteur, un berger, une association environnementale, un club hippique…
Cette dernière formule, pour laquelle la municipalité de Saint-Aulaye-Puymangou en Dordogne a opté, en lien avec une bergère sans terre, Thérèse Kolher, s’avère plus judicieuse pour les collectivités car les agents n’ont alors qu’à s’occuper de l’installation des clôtures et la maintenance générale du site (branche cassée, arbre à arracher…). Ainsi, comme en témoigne Yannick Lagrenaudie, maire de la commune qui compte 1 440 habitants, “les avantages sont multiples. Notre village, labellisé deux fleurs, Petite Cité de Caractère, Bastide du Périgord et Station Verte, est une bastide édifiée au 13e siècle. Au pied des remparts, le terrain est en forte pente et les agents passaient du temps à tondre, dans des conditions difficiles. Désormais, ce sont donc des brebis qui tondent 5 ha autrefois débroussaillés 3 fois/an (mobilisation de 2 agents sur 3 semaines dans l’année), tout comme les abords de notre chemin de découverte de la bastide récemment réalisé, ponctué par une halle et un four à pain. Un vrai gain de temps donc ! Mais aussi pour la biodiversité : depuis 2016, nous limitons ainsi l’utilisation d’engins thermiques sources de nuisances (bruit, odeurs, bris de vitres, déchets de tontes, pollution…), cette méthode alternative de gestion étant beaucoup moins agressive que la tonte mécanique pour les végétaux mais aussi pour les petits animaux, notamment les pollinisateurs. Enfin, la présence des brebis permet aussi d’animer la commune et de créer du lien social : l’arrivée du troupeau est toujours un évènement pour les habitants et nous avons récemment organisé un concours de tonte de moutons qui a eu un beau succès !”.

Dans un échange donnant-donnant éleveur/collectivité, la commune s’occupe de la mise en place des clôtures et de fournir un accès à l’eau. Il est également bien de prévoir un endroit ombragé pour le bien-être du troupeau durant les journées ensoleillées.

Avantage pour les agriculteurs

L’éco-pâturage est intéressant dans les deux sens, en profitant également aux agriculteurs. “C’est un concept plus qu’intéressant pour les agriculteurs qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter des terres ou qui souhaitent se lancer dans l’élevage. C’est la garantie d’avoir de la nourriture saine et naturelle pour les animaux et une rentrée d’argent assurée par l’entretien de terres communales. C’est également une nouvelle forme d’élevage raisonné différent de l’élevage traditionnel souvent intensif. Ainsi, Thérèse Kolher, qui met à disposition du printemps à l’automne un groupe d’une vingtaine de brebis suivant les besoins et la qualité des pâturages, n’utilise aucun complément alimentaire. L’alimentation de ses brebis est variée et équilibrée dans la mesure où les animaux sont régulièrement déplacés. Ils entretiennent plaines, sentiers, sous-bois ; la végétation y est naturelle et diversifiée (châtaigniers, chênes, graminées,…)” ajoute Carole Dartencet.

A Saint-Aulaye-Puymangou, le troupeau de brebis de Thérèse Kohler, bergère sans terre, permet de gérer 5 ha de terrains parfois accidentés au pied des remparts et le long du chemin de découverte de la bastide, ce qui est une économie de temps précieuse pour les agents.

Une convention partenariat éleveur/collectivité

Pour formaliser le partenariat éleveur/collectivité, une convention/contractualisation doit stipuler les engagements de chacun. Ainsi, à Saint Aulaye-Puymangou, la convention précise que la bergère s’engage à :
• assurer le suivi sanitaire des animaux par un vétérinaire ;
• mettre uniquement des animaux identifiés selon les règles en vigueur ;
• changer de parcelles les animaux lorsque les pâturages ne sont plus suffisants ;
• récupérer les animaux en hiver et dès lors que les pâturages ne fournissent plus assez de nourriture ;
• assurer une assistance technique au besoin.
De son côté, la commune s’engage à installer les clôtures (fixes ou temporaires) et à fournir l’approvisionnement nécessaire en eau pour les animaux. Ainsi, Saint Aulaye-Puymangou a dépensé 1 100 m pour 400 m de clôture mobile et un poste électrique solaire pour l’entretien de 5 ha de terres communales.
“Une méthode de gestion très intéressante à développer donc” confie Carole Dartencet, qui conclut en précisant “qu’à la suite de cette journée technique, plusieurs communes envisagent de mettre en place l’éco-pâturage sur certains de leurs sites communaux. Quand on sait que, par exemple, à Lanouaille, commune périgourdine d’un peu plus de 1 000 habitants, 160 ha sont gérés de cette façon, permettant alors aux agents de débroussailler cette surface en moins par an, on ne peut que considérer cette méthode alternative de gestion comme une véritable assistante technique à prix très réduit pour la commune, qui peut alors dédier plus de temps à d’autres missions”.

Choisir le bon éleveur/berger

L’éco-pâturage est soumis à différentes réglementations liées à la détention d’animaux domestiques, notamment à travers le code rural (prise en compte du bien-être animal art. L214 et art. 1385 du code civil). L’éleveur doit se trouver en conformité avec les aspects administratifs et sanitaires liés à la détention d’un cheptel. Il devra notamment être déclaré auprès de l’EdE (Établissement de l’Élevage) de son département, disposer d’un numéro de cheptel, assurer la traçabilité des animaux, disposer d’un vétérinaire référent et être à jour des prophylaxies obligatoires.

Article du numéro d’Octobre 2019, abonnez-vous