Hôtels à insectes : pédagogie, biodiversité
et récup’ !

La construction d’un hôtel à insecte permet de laisser libre cours à son imagination pour inventer des formes originales, bien que la forme ’maison’ soit la plus usitée. Certains créateurs proposent des formes innovantes, à l’image de Bernard Cwiek.

On en voit s’essaimer un peu partout dans nos communes, dans les parcs, massifs fleuris, jardins pédagogiques et potagers ou même dans les cimetières. Prenant des formes diverses, avec une variété d’assemblages de matériaux réutilisés constituant autant d’abris
pour les insectes, ces hôtels sont un formidable outil de sensibilisation du public quant à la nécessaire préservation de la biodiversité.

Le dernier rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) fait état d’une grave atteinte à la biodiversité planétaire : environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, notamment dans les prochaines décennies. La sonnette d’alarme est donc tirée, avec un taux d’extinction des espèces sans précédent et qui n’a jamais été aussi rapide. Pour tenter d’enrayer ce dangereux déclin de la nature, chacun peut agir à son échelle, même modestement. Les collectivités ont alors un rôle primordial à jouer en transmettant aux habitants les bonnes pratiques pour favoriser la diversité biologique et, notamment, offrir abri et nourriture aux insectes, situés à la base de la chaîne alimentaire. Pour ce faire, un outil simple, encourageant l’implication des plus jeunes et l’utilisation de matériaux récupérés, et un véritable moyen de communication : l’hôtel à insectes. Conseils et astuces avec Thierry Suire, responsable des espaces verts de la ville du Passage d’Agen, dans le Lot-et-Garonne, où l’équipe municipale réalise un beau travail de sensibilisation de la population aux pratiques environnementales.

Les hôtels à insectes, qui proposent un certain attrait esthétique, peuvent être intégrés à des massifs thématiques : ils permettent d’attirer l’attention, de sensibiliser le public et d’agrémenter une composition.

Montrer “l’invisible”

Parfois appelés abris ou chalets, les hôtels à insectes présentent de nombreux atouts, dont le principal est l’aspect pédagogique. Comme l’explique Thierry Suire, “les hôtels à insectes, qui sont des structures verticales, permettent de rendre visible l’invisible. Ils éveillent l’attention sur de petits insectes moins connus que les abeilles de ruches, à l’image des abeilles maçonnes, appelées osmies, qui virevoltent à proximité des hôtels, amenant la terre nécessaire à la création de leur loge. Il s’agit de sensibiliser à l’existence de nombreuses espèces d’abeilles sauvages qui assurent un rôle primordial dans la pollinisation des plantes à fleurs. Une fois qu’ils découvrent ces petits secrets de la nature ordinaire, les enfants deviennent des porteurs de messages très efficaces pour éduquer, à leur tour, leurs parents !”.

Faire participer les enfants

Les abris à insectes sont des structures assez simples à réaliser et c’est pourquoi, vous pouvez envisager sans problème de faire participer les enfants à la construction de ceux-ci. “L’action de sensibilisation est d’autant plus efficace car les petits s’accaparent bien mieux quelque chose lorsqu’ils ont participé à sa réalisation. C’est la raison pour laquelle nous essayons de les intégrer du début à la fin, ceux-ci dessinant même en préalable la forme des hôtels. En amont de la venue d’une classe, d’une trentaine d’élèves environ, nous découpons à l’aide d’une scie-sauteuse les parois et pièces principales de l’abri à insectes, à partir des chutes de l’atelier menuiserie des services techniques. Le jour de l’atelier, les enfants font alors une ’cueillette’ dans le ’jardin Découvertes’ des matériaux à intégrer dans l’hôtel : pommes de pin, feuilles de miscanthus, branches mortes… Ensuite, ils participent à l’assemblage de la structure de l’abri et remplissent les compartiments avec les matériaux glanés et récupérés. Ils assistent aux opérations plus délicates, comme le perçage de rondins de bois à la mèche, accompagnées d’une explication sur les espèces qui viendront nicher dans ce type d’abris. Niveau équipement, il est bien de prévoir plusieurs paires de gants pour les enfants qui manipuleront du matériel. Aussi, les enfants de primaire et du collège ne sont pas les seuls à construire des hôtels à insectes : chaque été, des chantiers citoyens ont lieu. Des jeunes de 16 à 18 ans participent à des ateliers en lien avec les services techniques le matin, puis profitent d’activités sportives et de loisirs l’après-midi au sein des infrastructures municipales”.

Les jardiniers du Passage d’Agen ont également confectionné une cinquantaine de nichoirs à mésange avec l’aide des nombreuses petites mains des écoliers : par groupe de 3 à 4 écoliers encadré par un agent, ils ont assemblé les nichoirs et les ont customisés avec des mousses, des rondelles de bois… Un résultat très réussi !

Quels matériaux pour qui ?

La réalisation d’un hôtel à insectes vise à reconstituer des abris normalement présents dans la nature. Ainsi, “plus il y aura de matériaux différents utilisés, plus il y aura une variété d’habitats pour une variété d’insectes. Il n’y a pas de règles, excepté d’éviter d’utiliser du bois traité ou des matériaux contaminés” précise Thierry Suire. Voici donc quelques exemples de matières utilisables, associées aux espèces d’insectes qui y trouveront abri :
• tiges de miscanthus, Arundo… pour certaines abeilles solitaires ;
• rondins de bois et morceaux de troncs à percer à l’aide d’une mèche de multitudes de petits trous : abeilles charpentières, guêpes… ;
• briques, voire parpaings en brique : pour les abeilles maçonnes (osmies) ;
• pots en terre cuite, qui peuvent être retournés et remplis de foin : idéal pour les perce-oreilles qui viennent s’y loger, ces derniers se nourrissant de pucerons ;
• paille/foin/branches de bois : parfait pour les scirpes et chrysopes qui se nourrissent des pucerons, cochenilles farineuses, aleurodes… ;
• planchettes de bois entassées derrière une plaque de métal, morceau de bois en décomposition : insectes xylophages ;
• planchettes de bois bien rapprochées et abritées : attirent les coccinelles qui y passent l’hiver ;
• fagot de tiges creuses (ronce, rosier, sureau) : abri idéal pour les petits hyménoptères ;
• pommes de pin : carabes, chrysopes, coccinelles ;
• sable : pour l’abeille fouisseuse ;
• tiges de bambous : abeilles solitaires qui pollinisent les premières fleurs des arbres fruitiers dès le mois de mars ;
• et bien d’autres matériaux trouvés dans la nature (mousse, écorces…) !
Pour l’organisation des différents types d’habitat entre eux, deux solutions sont possibles : ils sont parfois séparés par de petites cloisons en bois récupéré ou bien cohabitent sans séparation.

Des hôtels à insectes ont été installés au ’Jardin Découvertes’ : ils sont associés à des prairies pérennes et fleuries ou encore à des carrés de potagers, assurant une hyper-proximité entre gîte et nourriture.

Trucs et astuces

Voici d’autres petits conseils pratiques pour réussir votre projet d’hôtels à insectes :
• isoler la structure de l’humidité du sol qui remonte par capillarité : parpaing, poutres, pierres, vide… ;
• les hôtels peuvent être installés dans les parcs, jardins, cimetières, jardins partagés ou potagers, massifs fleuris… ;
• si le lieu dans lequel est installé l’abri à insectes est fréquenté, penser à bien stabiliser et ancrer la structure. Pour que le refuge soit efficace, il faut également penser à fermer l’arrière de l’hôtel avec un grillage, type grillage à poule, mais aussi à l’orienter au sud-est ;
• proposer de quoi se sustenter à proximité de l’hôtel : en effet, cela ne servirait pas à grand-chose de proposer un abri s’il n’y a rien à manger autour ! Installez donc au moins un “dispositif” en faveur de la biodiversité, tel qu’une prairie fleurie et/ou pérenne, un potager, un verger… Comme le conclut malicieusement Thierry Suire, “il est important de diversifier les sources de pollen, parce que les abeilles ont le ’bourdon’ quand elles ont faim !”.
Ainsi, amusez-vous à concevoir des structures pour les insectes qui plairont aux petits, comme aux plus grands !

Le jardin Découvertes

Au Passage d’Agen, les agents des services techniques ont créé un jardin entièrement dédié, comme son nom l’indique, à la découverte de la biodiversité. Comme le confie Thierry Suire, “principalement destiné à un public scolaire, avec 4 écoles primaires et un collège sur la commune, le jardin a été créé en effectuant quasiment aucun achat, dans une logique de réutilisation de la matière disponible, tout en sollicitant le savoir-faire des différents corps de métiers des services techniques. Hôtels à insectes, ’cabanes d’accueil’, carrés de potagers, ruches, mares, prairies fleuries ou pérennes, nichoirs à mésange et chauves-souris, vergers d’une quinzaine de fruitiers de variétés anciennes… tous les aménagements s’inscrivent dans un seul et même objectif : sensibiliser et éduquer les plus jeunes au respect de l’environnement et à la connaissance du vivant”. Ouvert au public, le jardin est un véritable support pédagogique en recevant régulièrement des classes de primaires et de collégiens qui profitent d’ateliers et d’activités en plein air.

Article du numéro de Juin-Juillet 2019, abonnez-vous

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