Lors de ce chantier école, de formation à la taille de jeunes ormes ‘Sapporo Gold’, l’objectif était double : d’une part les véhicules devaient pouvoir circuler sans gêne et d’autre part il fallait éviter l’installation de fourches fragiles.

La taille de formation réalisée sur de jeunes arbres durant les premières années de leur développement permet de structurer leur port. Avant de commencer le processus de taille, il est primordial de réfléchir à la finalité du projet et dans quel contexte l’arbre va prendre place.

La taille de formation se pratique sur les jeunes arbres, dont le houppier n’est pas encore installé de manière définitive. Elle a pour but de former le tronc et la charpente des arbres afin qu’ils puissent répondre aux objectifs de forme et de conduite souhaités (contraintes de volume, d’usages et d’esthétisme…), notamment dans les espaces urbanisés. “Elle donne la direction et la géométrie que doit suivre l’arbre en fonction de l’espace disponible et des modalités d’entretien projetées”, explique Pascal Genoyer, responsable du bureau d’études et d’expertises Pousse Conseil. “Chaque plantation est spécifique et seule une analyse fine de la situation permet d’atteindre les objectifs. La taille de formation n’est pas complexe quand elle est commencée à temps. C’est une continuité de l’investissement réalisé lors de la plantation qui doit donc être programmée et budgétisée pour chaque projet”, ajoute Jac Boutaud pour l’Arboretum de La Petite Loiterie. En l’absence de contraintes, par exemple avec un arbre isolé, la taille de formation n’est pas nécessaire. Elle permet toutefois d’éviter la formation de fourches fragiles souvent dues à des accidents de croissance (casse de la flèche par exemple). A l’inverse, pour des sujets plantés à proximité d’une voirie, les arbres devront bénéficier d’une hauteur de tronc suffisante pour ne pas gêner le trafic et être abîmés par le passage des véhicules. “A proximité d’une voirie où circulent des poids lourds, l’obtention d’un tronc dénudé sur une hauteur de 4,50 m minimum permettra d’éviter frottements et blessures sur le houppier de l’arbre”, indique Jac Boutaud. “Pour des cheminements piétons, la hauteur des premières branches dépend de l’ambiance recherchée et de la composition de l’allée. Par exemple, plus la couronne sera basse, plus l’ambiance sera intimiste”, complète Pascal Genoyer.

Modes de conduite

Les modes de conduite des arbres sont catégorisés selon plusieurs formes en fonction du résultat escompté. “On peut distinguer les formes libres dont on ne modifie ni le volume, ni la structure ; les formes semi-libres pour lesquelles on fait une remontée de couronne avant de laisser l’arbre prendre toute son ampleur ; les formes contenues dont le volume est maîtrisé régulièrement par des tailles au niveau de ramfications significatives ; ainsi que les formes architecturées (rideaux tondus, plateaux taillés en têtes de chat…). Toutefois les formes architecturées imposent des tailles d’entretien très régulières et leur bilan écologique global (lutte contre les îlots de chaleur, accueil de biodiversité, consommation d’énergie fossile pour les différents travaux, etc.) est nettement inférieur à celui de formes plus libres”, explique Jac Boutaud. Le choix du mode de conduite doit être déterminé avant de commencer les opérations de taille.

Période de taille

La taille de formation commence dès que l’arbre présente les signes d’une bonne reprise. Elle s’achève lorsque la forme et le gabarit souhaités ont été atteints et peut donc parfois s’étaler sur de nombreuses années. “L’important est de connaître l’objectif poursuivi dès le début pour ne pas interrompre trop tôt les tailles et ensuite devoir intervenir de façon violente pour rattraper le retard. Plus l’arbre présente des problèmes de structure peu compatibles avec l’objectif à atteindre, plus les interventions devront être fréquentes. De façon générale, un passage tous les 2 à 3 ans peut être un bon rythme Elle peut être réalisée toute l’année, sauf au moment du débourrement (du gonflement des bourgeons jusqu’au déploiement complet des premières feuilles) et pendant les semaines qui précèdent la chute automnale des feuilles. En effet, tailler pendant ces deux stades phénologiques affaiblit particulièrement l’arbre”, explique Jac Boutaud. La période de taille dépend essentiellement de l’essence de l’arbre, la région dans laquelle il se trouve, son stade d’évolution, des risques phytosanitaires spécifiques à l’arbre (ravageurs, maladies…) et des opérations à réaliser. “Un refléchage ou une réduction sur relais seront presque toujours beaucoup plus efficaces s’ils sont réalisés en début plutôt qu’en fin d’hiver”, complète Pascal Genoyer.

Le jeune tilleul a été remonté tardivement et de façon trop importante. Son tronc s’est donc couvert de nombreux rejets qu’il sera très difficile d’éliminer définitivement.

Comment effectuer une taille de formation ?

La première étape de la taille d’une forme semi-libre consiste à former le tronc et effectuer une remontée de couronne pour obtenir le gabarit recherché en supprimant les basses branches au fur et à mesure de la croissance de l’arbre. La taille doit être régulière pour supprimer les branches avant que leur diamètre ne devienne trop important et engendre des plaies trop grandes sur le tronc. “Il est souhaitable de commencer par affaiblir les branches déjà grosses avant de les supprimer, en éliminant leurs axes les plus vigoureux. Diminuer la surface foliaire limite le grossissement des branches en question, ce qui améliore le rapport entre le diamètre de la coupe définitive et celui du tronc à ce même niveau. Il faut savoir trouver le juste milieu entre attendre et couper des branches avec un fort diamètre et supprimer de petites branches trop vite, ce qui affaiblit l’arbre et pénalise le grossissement du tronc”, explique Jac Boutaud. La Règle Professionnelle N° P.E.1-R0 sur les Travaux d’entretien des arbres précise que la partie élaguée ne doit pas dépasser en principe le tiers inférieur de l’arbre, les deux tiers supérieurs ne devant subir qu’une suppression sélective des branches. Une fois que le tronc a atteint la hauteur désirée, les opérations de formation du houppier peuvent commencer (sélection et équilibrage des charpentières, orientation des branches…) pour atteindre la forme désirée.
Deux outils sont fondamentaux pour tailler les jeunes arbres : le sécateur et la scie manuelle. Il est préférable de se placer au plus près de l’arbre pour réaliser la taille, mais lorsque l’arbre prend de l’ampleur, à défaut de nacelle, des échenilloirs ou scies sur perches peuvent devenir très utiles. Un soin particulier doit être apporté à la qualité des coupes, en utilisant des outils correctement affûtés et en tenant la tige, afin d’éviter des déchirures des écorces, fines et fragiles. “Par précaution, il est recommandé de tailler en deux fois. Dans un premier temps supprimer la branche, puis finir la coupe avec précision, selon le bon angle pour une bonne fermeture de la plaie. Deux repères morphologiques, la ride de l’écorce et le col de la branche, permettent de ne pas entailler le bois du tronc. L’angle de coupe est spécifique à chaque cas et doit être choisi avec soin pour ne pas altérer la ride de l’écorce et le col de la branche afin de favoriser la cicatrisation du tronc. Outre les précautions mécaniques, il convient également de prendre des précautions sanitaires en nettoyant et désinfectant les outils de taille entre deux arbres”, ajoute Pascal Genoyer.
Une fois la forme et le gabarit atteints, la taille de formation des formes architecturées ou contenues laisse place à des tailles d’entretien régulières adaptées à chaque conduite. Les formes libres et semi-libres ne doivent subir que de tailles ponctuelles liées à la sécurité, comme l’enlèvement des gros bois morts pouvant causer des accidents.

Article du numéro de Février 2019, abonnez-vous

Les secrets d’une taille de formation réussie !

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