L’invasion par la pyrale du buis entraîne des destructions massives des formes plantées de buis (haies, topiaires, massifs…). Il s’agit d’être vigilant même en hiver, au moment où la pyrale cesse son activité et s’abrite dans un cocon blanc, installé à la base inférieure des feuilles. A ce moment-là, vous pouvez déjà détruire les cocons (nettoyage, ramassage ou taille, puis brûlage des déchets).

Entre la chenille vorace qu’est la pyrale du buis (Cydalima perspectalis) et les deux maladies cryptogamiques causées par les champignons Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi, le buis, emblème du jardin à la française, se trouve sous le joug de multiples menaces. Sa préservation s’avère alors particulièrement difficile, notamment face à la pyrale dont les attaques sont de plus en plus précoces et virulentes.

Depuis des siècles, le buis est utilisé dans nos parcs et jardins historiques, notamment pour ses qualités ornementales et paysagères, sa silhouette structurante et sa propension à la taille. En massifs architecturés ou sous formes de topiaires, les buis ont également été beaucoup plantés dans nos espaces verts publics. Mais voilà : pendant longtemps considéré comme une plante “intouchable”, le buis est désormais à la merci de multiples maladies et ravageurs tenaces, que les hivers de plus en plus doux et les chaleurs précoces tendent à développer encore davantage. De bonnes pratiques culturales et une combinaison des moyens de contrôle des populations et de lutte est alors indispensable pour tenter d’enrayer cette destruction massive des buis, tout en pensant également à diversifier sa palette végétale.

Particulièrement gourmande, la chenille de la pyrale du buis se met en activité dès que la température atteint 18 °C. Des attaques donc de plus en plus précoces chaque année, avec les hivers de plus en plus doux que nous connaissons actuellement.

Des maladies cryptogamiques

Plusieurs champignons s’attaquent aux buis, dont Volutella buxi et Cylindrocladium buxicola, particulièrement problématiques. Ce dernier, arrivé en France depuis 2007, entraîne un dépérissement massif et rapide des buis (Buxus sempervirens, Buxus microphylla et Buxus sinica). Il s’attaque aux feuilles et aux tiges, faisant apparaître sur les jeunes feuilles des taches claires entourées par une décoloration brun-rouge et des taches plus foncées sur les feuilles âgées. Progressivement les taches fusionnent, les feuilles se desséchant et tombant. Sur la tige, des stries brun-foncé à noir peuvent apparaître sur l’écorce. Pour que ce champignon à forte capacité de dispersion se développe, il suffit que les feuilles soient recouvertes d’un simple film d’eau pendant 5 à 7 h et, cela, selon une amplitude thermique de 5 à 30 °C, avec un optimum à 25 °C. Autre atout pour ce champignon : il est capable de survivre plusieurs années dans les débris végétaux et dans le sol au pied des buis, après que les feuilles et rameaux morts soient tombés au sol. De son côté, le Volutella buxi occasionne également des dépérissements foliaires et des lésions sur les rameaux qui débutent depuis les extrémités. Le feuillage jaunit, avant de roussir par touffes, et de petits chancres apparaissent sur les feuilles, suivis d’un amas de spores rose-saumon sur leur face inférieure. Pour prévenir le développement de ces deux champignons, il faut donc bien veiller à enlever toutes les feuilles tombées et à tailler les rameaux atteints, pour ensuite les brûler (pensez à bien désinfecter les outils de taille). Aussi, optez pour un arrosage au pied afin d’éviter de mouiller le feuillage et plantez un peu moins dense afin que les feuilles sèchent plus vite. Éviter le tassement du sol, apporter du paillage et des fertilisants adaptés sont également des moyens de limiter la propagation.

La pyrale du buis, un fléau

Arrivée en France en 2008 et originaire de l’Asie de l’Est, la pyrale du buis est aujourd’hui présente dans tout le pays et cause des dégâts de plus en plus importants. Ce lépidoptère, le Cydalima perspectalis, est un papillon nocturne, dont les chenilles raffolent du buis, entraînant alors, en quelques jours, leur défoliation complète, voire leur mort. S’attaquant à toutes les variétés de buis et pondant jusqu’à 1 200 œufs par femelle, avec 2 à 3 générations par an, la chenille est prolifique. Et elle est d’autant plus virulente que les hivers sont de plus en plus doux, entraînant alors des attaques de plus en plus précoces. Aussi, avec une grande difficulté à limiter l’infestation dans les buxaies naturelles, l’invasion continue à grande vitesse. Ainsi, pour combattre ce ravageur à l’échelle de vos jardins et espaces verts, il est indispensable de combiner les moyens d’actions et d’agir à tous les stades de développement de la pyrale pour que l’offensive soit efficace, tout en sensibilisant la population aux techniques de contrôle et de lutte.

Contrôler sa présence

Tout d’abord, il s’agit d’être vigilant toute l’année et cela même durant la période “d’hibernation” de la chenille : durant l’hiver, la pyrale cesse son activité et s’abrite dans un cocon blanc, installé à la base inférieure des feuilles. A ce moment-là, vous pouvez déjà détruire les cocons (nettoyage, ramassage ou taille, puis brûlage des déchets). D’autres signes annoncent sa présence : des feuilles grignotées, enveloppées de toile, ou encore de petites boulettes de couleur verte ou marron au sol. Contrôler leur présence dès février, avant leur réveil, permet ainsi de prévoir d’éventuels traitements ultérieurs. La pyrale reprend ainsi son cycle d’activité dès qu’il fait suffisamment chaud : une température moyenne de 18 °C lui suffit. Selon les régions, on peut ainsi observer dès mars, de petites chenilles de 4 cm de long maximum, avec une tête noire et luisante et un corps vert clair strié longitudinalement de bandes vert foncé. Vers avril-mai, la chenille se transforme en papillon et s’accouple ensuite fin mai avec, bien sûr, des variations selon les régions, le cycle s’établissant ainsi sur 28 à 32 jours. On observe de ce fait des pics en avril, juillet/août et parfois septembre, ce qui nécessite une attention permanente pendant ce laps de temps. Ainsi, il est bien d’installer des pièges à phéromones femelles (hormones de synthèses en quantité importante) qui attirent les papillons mâles, de mars à octobre. Couramment, les pièges se présentent sous forme de contenants plastique accueillant les phéromones (à renouveler tous les mois), accompagné d’un liquide dans lequel se noient les papillons. Certains pièges, comme celui de Nufarm, offrent une durée d’efficacité de 90 jours, grâce à une microcapsule en cire qui protège les phéromones et se dégrade progressivement au contact de l’air. Des pièges secs sont également à disposition pour éviter de devoir nettoyer régulièrement les dispositifs, comme le BUXatrap développé par Koppert France en partenariat avec l’INRA. A savoir qu’il a été observé qu’un piège attire plus de pyrales, papillons de nuit, lorsqu’une source lumineuse nocturne se trouve à proximité du buis infecté.

Traiter par lutte biologique

Il s’agit ensuite de traiter les buis dans les 8 à 10 jours succédant les premiers vols de papillons et cela, par des interventions raisonnées. Pour cela, plusieurs produits de biocontrôle homologués ou UAB (Utilisables en Agriculture Biologique) sont à votre disposition. Ils sont pour la plupart composés à base de bactéries naturellement présentes dans le sol à l’image du ConserveTM (AMM 2060132) proposé par Nufarm et homologué UAB, qui est issu de la culture des bactéries Saccharopolyspora spinosa, ensuite fermentées. Comme tous produits phytopharmaceutiques, le traitement doit être réalisé par temps sec. Une autre bactérie entomopathogène, Bacillus thuringiensis, est utilisée sur le même principe, à l’image du ‘Bactura DF’ de Koppert France qui, en étant aspergé sur les feuilles (en mélange avec de l’eau), libère des molécules qui tuent la chenille une fois les feuilles ingérées. Les traitements doivent être répétés au moment des vols de pyrale, soit en avril, juillet/août et même parfois septembre. Autre solution de biocontrôle, cette fois-ci avec des macro-organismes : l’utilisation de trichogrammes, petits insectes parasitant les œufs des pyrales du buis. Le traitement est à réaliser au moment de la ponte en avril, en juin-juillet, voire en septembre, afin de diminuer la concentration de larves, et doit être couplé aux autres moyens de prévention et de lutte présentés. La présence de mésanges peut aussi s’avérer efficace (installation de nichoirs à mésange pour les sédentariser chez vous avec, idéalement, un point d’eau à proximité) : un couple et des petits consomment jusqu’à 200 chenilles par jour, ce qui est loin d’être négligeable pour lutter contre cette chenille vorace !

Des espèces qui n’ont rien à envier au buis !

Il existe plusieurs arbustes à utiliser en alternatives aux buis, avec un comportement et une propension à la taille similaires. On retrouve ainsi le thym (Thymus vulgaris) et le fusain (Euonymus japonica ‘Microphyllus’, pour climat doux) qui ont été plantés pour recréer les broderies des jardins de Chambord, historiquement composées de buis. Attention cependant aux fusains qui sont une cible privilégiée des cochenilles. Mais aussi le Teucrium flavum et Teucrium lucidrys, parfaits en bordures basses, pour sols secs et maigres, avec une hauteur maximum de 40 cm. Aussi, on peut utiliser Satureja montana (qui sent bon), Pittosporum tenuifolium ‘Golf Ball’ pour les pots et vasques ; Ilex crenata (régions tempérées à sol neutre ou acide), les myrtes, Prunus laurocerasus

Article du numéro de Juin-Juillet 2019, abonnez-vous

Nos buis en danger, comment lutter ?

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