En termes de densité, les végétaux sont plantés assez proches, à des inter-distances de 20 à 30 cm, afin de limiter le désherbage par une couverture rapide du sol. Cela apporte également un résultat visuel rapide.

En Meurthe-et-Moselle, la Ville de Toul, saluée en 2018 par 4 Fleurs, associe les habitants à la démarche d’embellissement de ses rues et ruelles. C’est ainsi que, depuis 2014, 700 ml ont été plantés au pied des façades des particuliers afin d’amoindrir le caractère minéral de la cité médiévale et de développer la trame verte et fleurie. Une initiative qui profite à tous !

L’existence de démarches participatives dans une commune est essentielle pour que les citoyens s’approprient leurs espaces publics. Cette appropriation est, par ailleurs, vectrice d’une plus grande attractivité pour la commune, qui voit ses espaces publics devenir de plus en plus vivants. De plus, face aux contraintes actuelles des gestionnaires qui doivent gérer toujours plus de surfaces, les processus de co-plantation avec les habitants permettent de végétaliser villes et villages, à moindre frais et avec un entretien partagé. Dans ce cadre, la plantation des pieds de façades, en lien avec les habitants, est une démarche porteuse et pleine de bon sens. Illustration avec Toul qui a réussi, en quelques années, à transformer le visage de son cœur de ville grâce à l’implication de la population.

Une trame verte et fleurie

C’est donc en 2014 que débute cette transformation du cœur de ville, sous l’impulsion de son maire Alde Harmand. “Ancienne citadelle Vauban, ceinturée par des remparts, la vieille ville, composée de rues étroites au caractère très minéral, pâtissait d’un manque de végétation. Bien que de petits jardins et squares agréables soient présents, ceux-ci n’étaient pas reliés les uns aux autres. La plantation des pieds de façades, sur une petite largeur, permettait alors de développer une trame verte et fleurie, beaucoup plus agréable à l’œil et propice à la biodiversité. Par la même occasion, ces ‘co-plantations’ devenaient un outil de sensibilisation au moment où nous développions les pratiques ‘Zéro phyto’. En effet, nous nous sommes servis de cela pour expliquer les bons gestes à avoir (paillage, arrêt des désherbants chimiques). Les habitants se sont également progressivement habitués à voir des plantes sur les trottoirs, ce qui a facilité l’acceptation des plantes spontanées en ville” explique Francis Grandjean, responsable du service ‘espaces verts et environnement’.

Que ce soit lors de réfection de voirie ou de la création de fosses sur un trottoir existant, seule une petite largeur (15 à 20 cm) est plantée : une seule rangée de plantes suffit à améliorer l’ambiance d’une rue, tout en nécessitant peu d’entretien.

Tester et communiquer

Avec désormais 40 propriétaires impliqués et 700 ml plantés, la végétalisation des pieds de façade est une belle réussite à Toul. Mais celle-ci n’est pas due au fruit du hasard, comme en témoigne Francis Grandjean. “Nous avons commencé par semer la graine, en plantant, à petite échelle, un des pieds de nos bâtiments communaux, afin de montrer aux riverains l’intérêt esthétique de ces plantations. En effet, il ne suffit pas de grand-chose pour transformer l’ambiance d’une rue : 3 à 4 bandes plantées suffisent ! Ensuite, c’est une communication récurrente qui nous a permis de donner envie aux habitants de s’investir dans ce projet. Bulletin municipal, articles de presse, site internet de la Ville, page Facebook, réunions de quartier pour présenter la démarche, guide de végétalisation diffusé et distribué dans les boites aux lettres de secteurs identifiés… tout cela a permis qu’ils découvrent et gardent la démarche à l’esprit au fil des années”.
La démarche de plantation des pieds de façade est volontaire : elle s’adresse aux propriétaires fonciers et aux présidents de syndics qui le souhaitent, en faisant acte de candidature par courrier au service espaces verts. Celui-ci gère ensuite la demande et étudie la faisabilité, en fonction de la largeur de trottoir disponible, la présence de réseaux ou non… Aucune convention n’est signée entre le propriétaire et la Ville : une charte de bon usage, pour formaliser l’engagement dans des pratiques vertueuses d’entretien, plus flexible, est en cours d’élaboration.

Vivaces, arbustes de petite et moyenne taille, mais aussi grimpantes sont proposées aux habitants, sous condition que le propriétaire installe lui-même les fixations nécessaires sur sa façade.

Une végétalisation clé en main

Une fois le dossier accepté, le service espaces verts propose un aménagement “clé en main”, de la fosse destinée à accueillir les végétaux, à la fourniture et plantation comprises. “Ces créations de bandes plantées s’intègrent dans le planning des équipes de secteurs, ce type d’intervention étant simple à réaliser. Les agents commencent par découper l’enrobé ou enlever les pavés, et cela uniquement sur une largeur entre 15 et 20 cm, soit un rang de plantation. En effet, nous ne souhaitons pas créer des massifs qui demandent trop d’entretien, mais plutôt un ‘fil vert’ qui s’autorégule, en ne nécessitant que très peu d’interventions. La même largeur est proposée aux riverains lors des réfections de voiries et, s’ils sont volontaires, les bandes plantées sont alors intégrées au plan. Après évacuation des déblais, 15 à 20 cm de terre ordinaire, issue de nos chantiers et aménagements, est apportée. Aucun apport d’intrants particuliers n’est réalisé, car nous avons choisi une palette de végétaux en adéquation avec nos sols argilo-calcaires, au pH basique, ou avec les contraintes propres au site” complète le responsable du service. La terre ainsi apportée se retrouve légèrement en-dessous du niveau du trottoir afin d’éviter les salissures. Après les plantations, un paillage est apporté pour faciliter la reprise et l’entretien la première année, libre au riverain de gérer celui-ci par la suite.
Pendant un an, les agents vont assurer l’arrosage, l’entretien, la taille, le désherbage, tout en prodiguant des conseils aux habitants qui prennent ensuite le relais. Ils sont alors libres de compléter leur pied de mur avec des annuelles, de nouvelles vivaces… Au cours de leur tournée quotidienne, les chefs d’équipe continuent à garder un œil sur les plantations. Mais les interventions sont peu nombreuses : les propriétaires ont bien pris en main leurs nouvelles protégées, avec des retours très positifs !

Une palette végétale adaptée

Comme le précise Francis Grandjean, “nous avons établi une palette végétale spécifique et évolutive, avec l’ajout de nouvelles espèces parfaitement adaptées ou, au contraire, le retrait de plantes qui ne fonctionnent pas. Elles sont toutes adaptées à notre climat qui présente d’importantes amplitudes thermiques entre l’été et l’hiver. Ensuite, nous piochons dans différentes catégories afin de répondre à la multiplicité des microclimats urbains de notre ville : espace plus ou moins venté, ensoleillé ou ombragé, forte réverbération… Dans tous les cas, nous optons pour des végétaux adaptés au manque d’eau, car la situation abritée en pied de mur limite l’apport naturel d’eau de pluie. Parmi les incontournables, valérianes, échinacées, euphorbes, gauras, iris, perovskias ou encore achillées tiennent le haut du pavé. Niveau grimpante, des rosiers lianes, pour la mi-ombre ou encore des bignones, pour les situations ensoleillées, sont proposés”. La commande des plantes est intégrée dans les commandes usuelles du service.
Aujourd’hui, cette démarche participative, où le citoyen devient acteur d’un fleurissement pérenne, offre une image beaucoup plus attractive au cœur de Toul, sans nécessiter beaucoup de main d’œuvre. Un bel outil pour plus de nature en ville, tout en favorisant le lien social !

Article du numéro de Novembre-Décembre 2019, abonnez-vous

Pieds de mur : le citoyen acteur du fleurissement

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