© Pépinières Travers

La filière de production végétale est parmi l’une des plus touchées par la crise actuelle, les pépiniéristes et horticulteurs réalisant en moyenne 75 % de leur chiffre d’affaires annuel entre mi-mars et fin mai. Annulation et report des commandes en cours, absence de nouvelles commandes, la trésorerie des entreprises est mise à mal. Pour aider les horticulteurs, pépiniéristes, mais aussi semenciers, il est alors de la responsabilité  des collectivités d’honorer leurs commandes.

Arrêt et ralentissement des chantiers (du fait de la mise en place des gestes barrières), manque de main d’œuvre au sein des services espaces verts et des entreprises de paysage (garde d’enfants, conjoints soignants, chômage partiel, autorisation d’absence autorisée…), la crise actuelle impacte différemment les producteurs selon leurs cultures (arbres, arbustes, vivaces, grimpantes, annuelles). Et la situation est grave, car entre le 15 mars et le 30 avril, les producteurs réalisent en moyenne 75 % de leur chiffre d’affaires. Alors même qu’ils doivent “combler le déficit” des charges engagées l’an dernier et honorer les factures et salaires. Ainsi, dès la première semaine de confinement, les pertes de chiffre d’affaires étaient considérables, la “semaine 12” restant ancrée dans les mémoires, et aggravées par la fermeture forcée des lieux de vente au public, alors que la grande distribution pouvait elle vendre des végétaux dans ses rayons… Mobilisés, tous les professionnels de la filière (FNPHP, Val’hor, Chambres d’agricultures…) se sont fédérer pour alerter les politiques des difficultés financières rencontrées. Une décision ministérielle reconnaît depuis l’intérêt de la requalification des semences et plants potagers en produits de première nécessité, a permis de relancer un peu l’activité. Enfin, depuis quelques jours, un élan de solidarité des politiques (députés européens, sénateurs, conseillers départementaux, maires…) et des professionnels (meilleurs ouvriers de France…), offrant la perspective d’un soutien financier, vient redonner de l’espoir à notre filière de production française. Ainsi, vous pouvez vous aussi aider la filière en honorant vos commandes, en réservant dès à présent vos végétaux pour les plantations d’automne, mais aussi en continuant à planter cet été en respectant les règles de l’art (fosse de plantation profonde et bien décompactée, arrosage, paillage…). D’autant plus que des solutions existent pour des plantations d’arbres durant la période estivale, celles-ci présentant un léger surcoût mais étant gages d’un excellent taux de reprise. Solidarité et échanges de conseils sont donc de mise.

© Marc Koehler/Guillot-Bourne IIUne perte de chiffre d’affaires généralisée

Dès le début du confinement, les pertes de chiffre d’affaires (commandes, livraisons) étaient déjà considérables, comme en témoignent les chiffres de l’enquête réalisée par la FNPHP (Fédération Nationale de Producteurs Horticulteurs Pépiniéristes) sur l’impact de la crise Covid-19, à laquelle 325 producteurs ont répondu. “En moyenne, la perte de chiffre d’affaires s’élève à plus de
48 000 € par entreprise, ce qui est très dur, notamment pour les petites structures. Celles-ci n’ont plus de trésorerie mais doivent, en parallèle chauffer les locaux, arroser et payer les factures de leurs fournisseurs (PBI, godets, engrais…). Sans parler du coût financier et psychologique pour les horticulteurs qui doivent détruire des plants et donc “jeter” près de trois mois de travail. La relance de l’activité à court terme doit donc passer par l’engagement d’achat des collectivités et des clients, ceux-ci doivent honorer leurs commandes. Mais aussi à long terme, en favorisant la production française, par exemple en adhérant aux chartes d’achat public local, gages de survie de notre filière”
milite Pascal Bricier, gérant des pépinières Puthod (74) et président de la FNPHP Auvergne-Rhône-Alpes. Et Arnaud Travers, gérant des pépinières Travers (45), spécialistes des plantes grimpantes, de poursuivre : “cette crise intervient au moment même où la trésorerie des producteurs est au plus bas. En effet, pour les grimpantes par exemple, la mise en culture intervient un an auparavant, ce qui signifie que les charges ont été payées l’année passée et que la trésorerie se renfloue au moment des ventes printanières. Seulement, depuis début mars, il n’y a plus de nouvelles commandes…”
Du côté des pépinières spécialisées dans les arbres, le constat est le même et pose problème, comme le confie Michel Le Borgne, gérant des pépinières Drappier (59). “Les reports de commande sont nombreux, alors que les arbres sont déjà arrachés et qu’aucune nouvelle commande n’arrive. Cela représente une perte de chiffre d’affaires sur mars d’environ 70 %. Toutefois, ces arbres sont en jauge et arrosés correctement, et pourront être plantés en fin de crise sans problème ”.
Et Marc Koehler, des pépinières Guillot-Bourne (38), de compléter : “depuis le début du confinement, nous avons eu 30 à 40 K€ de commandes annulées. Ainsi, beaucoup de commandes ont été décalées vers la fin du printemps ou bien à l’automne. Le problème, c’est que les plantations de fin de printemps et d’automne nécessitent des techniques particulières (culture hors sol, fibre coco autour des mottes, haubanage, arrosage goutte-à-goutte), qui représentent des surcoûts que l’on devra facturer à nos clients. S’ajoute à cela le fait que la montée de sève a eu lieu et que les arbres sont en feuilles, les manipulations sont donc plus longues et complexes. Nos clients sont “pris en otage”, comme nous le sommes avec la nature qui redémarre”.

© Ville de Narbonne

Enfin, pour les producteurs de vivaces, la perte du chiffre d’affaires est également conséquente : “pas d’annulation de commandes pour le moment, seulement des reports, mais cela représente un manque de trésorerie important : le chiffre d’affaires livré en mars 2020 équivaut à un quart de celui de 2019. Et les commandes sont également bien moins nombreuses (CA commandé en mars 2020 divisé par 5 par rapport à 2019). Nous avons donc dû re-décharger les commandes prévues en livraison et suspendre toutes les préparations” termine Vincent Chombart, des pépinières Chombart (80).
Comme l’explique Arnaud Travers : « même s’il n’y avait plus de commandes à préparer, nous avions besoin de nos salariés pour entretenir les grimpantes en culture, qui étaient prêtes à la vente. Ainsi, la seconde quinzaine de mars, nous sommes passés de 44 h (temps fort de l’année) à 15 h semaine, pour assurer la taille, l’arrosage, mais aussi la distanciation entre les pieds, les lianes s’entremêlant rapidement entre les sujets. Du côté des collectivités, quelques belles initiatives, comme le département qui, dans un élan de soutien aux producteurs locaux, a débloqué un budget de 500 000 € pour commander des plantes pour végétaliser davantage les villes, et également certains maires qui ont commandé des plantes pour offrir à leurs concitoyens”. Pour prendre soin des cultures, les producteurs ont donc adapté leur fonctionnement, à l’instar des pépinières Guillot Bourne II. “D’un côté, les commerciaux et l’équipe administrative/logistique sont en télétravail, afin de réduire les effectifs présents au même moment dans les locaux. De l’autre, le personnel de terrain travaille sur site en prenant des précautions. Malgré le fait que les équipements de protection comme les masques soient très difficiles à trouver, des lingettes désinfectantes et un remplissage régulier en savon des points d’eau permettent d’assurer les gestes barrières. Beaucoup de communication, sur les gestes préventifs notamment, et une nécessaire adaptation des activités (soin aux arbres, plutôt que préparation des commandes par exemple) complètent cette réorganisation nécessaire pour poursuivre au maximum l’activité en pleine saison printanière” témoigne Marc Koehler.
Du côté des pépinières Chombart, les équipes sont au complet, les saisonniers étant arrivés juste avant le confinement. Vincent Chombart développe : “pour protéger la santé de chacun et limiter la propagation du virus, de nombreuses mesures sont respectées. Chacun reste dans son coin avec des distances minimales de 1.5 m lors d’échanges oraux, aucun échange de véhicules n’est possible, une seule personne est autorisée par véhicule, le réfectoire est désinfecté, du gel hydroalcoolique est mis à disposition des employés… J’ai également fait coudre 4 masques lavables en tissu par personne. Les équipes ont été réorganisées : le personnel de bureau est à domicile, avec un transfert d’appel pour assurer la permanence téléphonique. Avec le report de nombreuses livraisons, les préparateurs de commandes et les chauffeurs livreurs sont affectés aux cultures”. Mêmes précautions pour les pépinières Drappier, comme le confirme Michel Le Borgne : “notre équipe est au complet, en respectant des précautions de distanciation sociale et un lavage des mains systématique. Dans l’optique de la reprise, nous avons poursuivi la mise en culture pour les saisons prochaines”.
Enfin, face à l’arrêt des chantiers et la fermeture des entreprises de travaux et des fournisseurs (approvisionnement compliqué), et à l’absence de commandes, les semenciers ont eux aussi été touchés et ont dû se réorganiser. Bernard Heitz, gérant de Nungesser Semences (67), témoigne : “dans un climat particulièrement incertain et anxiogène, nous avons tout d’abord cessé totalement l’activité, en plaçant nos effectifs en chômage technique. Le personnel administratif est en télétravail et reste disponible par téléphone et par mail. Mais au lieu des 200 à 250 mails que nous recevons habituellement quotidiennement, seuls 5 à 10 arrivent par jour… Notre chance est que les semis se fassent idéalement en automne, la concurrence avec les dicotylédones étant quasi-nulle. Aussi, les agriculteurs qui cultivent nos semences sauvages fonctionnent normalement. Avec la fin du déconfinement prévue pour le 11 mai, les récoltes pourront a priori se faire, comme d’habitude, de fin mai jusqu’à mi-juillet. Lors de la reprise, le seul problème est qu’il faudra prioriser les demandes, ce qui n’est pas toujours facile à entendre pour nos clients qui veulent être “les premiers servis”. Mais nous ne pouvons pas non plus nous permettre de gonfler les effectifs avec des personnes novices, notre domaine nécessitant des connaissances techniques particulièrement pointues sur la connaissance et le cycle des plantes. Mon conseil est de passer commande le plus en amont possible, pour que les producteurs puissent bien anticiper et gérer les demandes. Mais aussi de garder le moral et de rester positif : ensemble, nous allons sortir de cette crise !”.

© Le Passage d’Agen
Rester positif !

Cette crise est donc particulièrement dure pour le secteur de production végétale. Mais le récent élan de solidarité de la part de nombreux politiques redonne du moral aux troupes, comme le confie Arnaud Travers : “je suis la 5e génération de la famille à la tête de l’entreprise et nous n’avions jamais connu un tel soutien de la part de nos syndicats professionnels, particulièrement de la FNPHP, la FDSEA et Val’hor, et même de certains politiques. Il faut noter que c’est grâce à la mobilisation et à l’énorme travail des producteurs qui se sont soudés que nous avons pu faire bouger les choses et alerter sur la situation”. De plus, pour certains, ce temps suspendu est l’occasion de se mettre à jour. “Toute l’année, nous nous disons “je n’ai pas le temps de faire ça ou bien ça”. Nous profitons donc de cette période particulière pour mettre à jour nos documents techniques, le catalogue, nettoyer nos bases de données… Il faut profiter du temps que l’on a pour l’optimiser. De ce fait, on sera à jour dès la reprise de l’activité globale” conclut Marc Koehler.
Une vision optimiste qu’il est bon d’avoir en ces temps difficiles.
Et comme le rappelle Michel Le Borgne, “dans les tempêtes, on voit les bons capitaines… C’est le moment de compter les entreprises compétentes et solidaires que l’on a en France.”

Reprise : les producteurs comptent sur vous !

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