Tonte différenciée : optimisez vos temps
de gestion

Un gazon rustique, demandant deux fois moins de tonte qu’un gazon prestige, permet de concilier qualité esthétique, gain de temps d’entretien et limitation de l’impact environnemental.

La tonte représente un poste important en termes de temps d’entretien des espaces verts, tendance d’autant plus affirmée que les surfaces à gérer augmentent dans la plupart des communes pour répondre au besoin croissant des habitants de plus de nature. La mise en place d’une tonte différenciée des espaces enherbés est alors la solution pour optimiser le temps d’entretien et diminuer les coûts, tout en favorisant la biodiversité !

Avec le soutien financier de Val’hor, Plante & Cité vient de publier les résultats d’un observatoire des pratiques de tonte et de fauche. En recensant les itinéraires techniques de tonte, ainsi que leur temps de travaux associés, cette enquête permet de donner des références en termes de temps de gestion, mais aussi de donner des leviers pour optimiser les actions. Des résultats donc précieux quand on sait que, en moyenne, l’entretien des couverts enherbés représente entre 15 et 25 % de l’activité totale des équipes techniques municipales pour l’entretien des espaces verts. Souvent perçue comme une “corvée”, la tonte, si elle est réfléchie et planifiée de façon différenciée, peut devenir un vrai savoir-faire, source d’économie de temps et de biodiversité.

Au sein de vos espaces naturels, même en plein cœur de village, n’hésitez pas à transformer vos gazons en prairies : celles-ci demandent 3 fois moins d’intervention sur l’année et de temps d’entretien !

Différencier vos surfaces de tonte
Dans la logique actuelle de gestion différenciée, les pelouses n’échappent pas au requestionnement des pratiques. En effet, pendant longtemps, en accord avec les façons de faire contemporaines qui visaient à offrir des espaces esthétiques sans autre usage que l’ornement, les villes et villages ont proposé, à l’instar des intendants de golf, de superbes étendues engazonnées, toujours vertes et tondues au poil. Ces pelouses dites “de prestige” sont cependant énergivores comme le montrent ces chiffres :
• temps de tonte important et rendement faible : 1,38 min/m2/an en moyenne, soit plus du double du temps nécessaire pour une pelouse rustique (0,57 min/m2/an) ;
• 19 interventions en moyenne, par an, contre 10 pour les pelouses rustiques, soit quasiment deux fois plus ! Et sans parler de l’arrosage et des engrais…
Une gestion intensive systématique des gazons qu’il est aujourd’hui difficile, voire impossible de mener de façon homogène sur toutes les surfaces enherbées d’une commune, face à la baisse généralisée des moyens humains et financiers. Et une gestion également inadéquate face aux nouveaux objectifs environnementaux et de préservation de la biodiversité. Ainsi, il s’agit d’établir un plan de tonte différenciée afin de ne plus traiter systématiquement chaque pelouse en code prestige, ce type de gazon devant être réservé pour des espaces comme le jardin de la mairie, à proximité d’un bâtiment remarquable, d’un monument historique ou bien sur des sites touristiques haut-de-gamme.
Pour définir son niveau de gestion, il faut prendre en compte :
• le rendu visuel souhaité (gazon prestige, gazon rustique, prairie fauchée ou simplement broyée) ;
• les contraintes du terrain (pente, morcellement des surfaces, présence de pieds d’arbres, de massifs, de mobiliers, de bordures…) ;
• les objectifs environnementaux visés (zone naturelle, lieu de biodiversité…).
Ainsi, la tonte différenciée permet de concilier esthétisme de nature, maîtrise des dépenses, qualité de vie des habitants, développement de la biodiversité, mais aussi réduction de notre empreinte carbone, sans renier toutefois les gazons de prestige qui sont toujours bien plus avantageux et esthétiques qu’une surface d’enrobé !

Gazon prestige, gazon rustique ou prairie ?
Voici les éléments à prendre en compte pour définir vos catégories de pelouses :
• site tondu + arrosé ou non arrosé + tondu au moins 1 fois /semaine = gazon prestige. Cette catégorie, qui est la plus énergivore, est à réserver aux petites, voire moyennes surfaces (toujours en accord avec le contexte bien sûr), par ailleurs souvent tondues à l’autotractée car les sites sont morcelés, avec une hauteur de coupe moyenne de 4,5 cm ;
• site tondu + non arrosé + fréquence tonte plus espacée qu’une 1 fois/semaine = pelouse rustique. Avec des tontes plus espacées et sans arrosage, ces surfaces sont généralement d’une taille plus conséquente. Elles sont alors mieux adaptées au passage de tondeuses autoportées, avec une hauteur de coupe moyenne de 6 cm ;
• site non tondu + non arrosé = prairie. La fauche est alors à préférer à la tonte, car ce sont souvent de grandes surfaces. A savoir qu’en moyenne, une pelouse demande plus de trois fois le temps de travail d’une prairie fauchée (sans production de foin), ainsi qu’une fréquence d’interventions trois fois plus élevée.
Ainsi, les pelouses sont à préférer pour les petites et moyennes superficies, mais parfois aussi pour les grandes surfaces allant jusqu’à 30 000 m2, lorsque les arbres et les massifs y sont nombreux et que le site est morcelé, le matériel de tonte étant plus adapté.

Les gazons “prestige” sont à réserver aux lieux emblématiques et touristiques haut-de-gamme. Les tondeuses autoportées permettent un gain de temps, notamment grâce à des largeurs de tonte plus grandes.

Le matériel de tonte
Voici le matériel le plus utilisé et les actions associées :
• tondeuse autoportée : comme sur un tracteur, elle est équipée d’un mécanisme de mulching ou d’un bac de ramassage, la largeur de coupe évolue entre souvent entre 80 et 275 cm. Elle correspond ainsi à la tonte de surfaces moyennes à grandes ;
• tondeuse autotractée : utilisée pour les pelouses de petite taille (100 à 2 000 m2), en bande étroite, parfois difficiles d’accès, et les finitions (bords de massifs fleuris, bords d’allées sinueuses, angles aigus). D’une largeur de coupe moyenne de 50 cm, elle peut être équipée d’un système de broyage (mulching), d’un bac de ramassage ou bien elle éjecte l’herbe coupée sur les côtés ;
• débroussailleuse (voire souffleur) : elle est utilisée pour les pelouses et prairies de toute taille et permet de couper l’herbe aux endroits inaccessibles à la tondeuse (obstacles, pieds d’arbres, pieds de mur).
La plupart du temps, c’est la combinaison des tondeuses autoportées et autotractées qui est sollicitée, que le site soit en code prestige ou rustique. La tondeuse autotractée permet de tondre les petits espaces morcelés, tandis que la tondeuse autoportée tond d’un coup des grandes surfaces. Aussi, les robots de tonte ne sont pas à négliger : en tondant de façon autonome de façon quasi-journalière, ils offrent un beau rendu esthétique.

Des leviers pour optimiser les temps de tonte

Voici donc plusieurs principes et actions qui vous aideront à optimiser le temps de gestion de vos surfaces enherbées :
• tenir compte de l’effet d’échelle : plus un site est grand, plus vous passerez de temps à le tondre, mais meilleur sera le rendement. Ainsi, il vaut mieux une pelouse de 400 m2 d’un seul tenant, que deux petites surfaces de 200 m2 séparées par un massif par exemple ;
• réduire les contraintes et donc les finitions, qui représentent 40 % des temps de tonte : regroupement des surfaces pour limiter le morcellement, simplification des formes de massifs, suppression des mobiliers, panneaux et massifs sans qualité particulière, gestion de la pente, gestion des bords de pelouse ;
• préférer, lorsque c’est possible, les prairies aux pelouses ;
• réduire la fréquence de tonte et l’arrosage ;
• favoriser la tonte mulching : celle-ci permet de ne produire aucun déchet et de n’avoir rien à évacuer, le ramassage manuel représentant + 50 % du temps de tonte ! Mais de temps en temps, il convient de ramasser l’herbe, lorsque celle-ci est trop haute, pour éviter la propagation de maladies. Une tonte-mulching régulière permet par ailleurs de favoriser la dispersion des brins pour un meilleur rendu esthétique et une limitation des maladies ;
• privilégier des grandes largeurs de coupe, pour un meilleur rendement. Mais attention cependant, aux sols fragiles, sensibles au tassement des grosses machines.
Concernant les questionnements sur l’influence de la hauteur de coupe, il n’est pas certain pour le moment qu’élever la hauteur de coupe soit plus rentable sur l’année : si l’on augmente la hauteur de coupe, la fréquence d’intervention est peut-être réduite, mais il faudra consacrer plus de temps à la tonte ultérieure ! Voici donc quelques actions à mettre en place pour que l’entretien de vos pelouses devienne moins chronophage et fastidieux.

Limiter les finitions

Les finitions à la débroussailleuse représentent 40 % du temps total de tonte. Ainsi, limiter le recours aux finitions est le levier d’action principal pour réduire les temps de travaux ! Plusieurs choses peuvent être mises en œuvre :
• réduire les contraintes en réaménageant les espaces pour les simplifier ;
• baisser la fréquence des opérations de finition en effectuant, par exemple, une tonte sur trois en pied d’arbres, autour des obstacles (poteaux, panneaux) et en bord de pelouse (pied de mur, trottoir, bord de massifs) ;
• identifier et supprimer les obstacles à faible intérêt ornemental ou écologique, tels qu’un massif d’annuelles chronophage sans intérêt ;
• réaménager les bords de la pelouse pour que la tondeuse principale puisse passer : le meilleur schéma pour éliminer toute finition est quand la pelouse est au même niveau que le sol adjacent, sans bordure qui dépasse, et avec une largeur suffisante au niveau de la pelouse pour que la tondeuse puisse passer ;
• interagir avec les élus ou le service en charge des aménagements pour concevoir de nouveaux espaces qui limitent les temps d’entretien (principe de “conception différenciée”),
• entre une pelouse et un massif fleuri, utiliser une bordure enterrée : la tondeuse pourra ainsi passer sans problème, tout en évitant la propagation de l’herbe dans les massifs.

Article du  numéro de Mai 2019, abonnez-vous

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